PROBLÈMES DE SANTÉ MENTALE
ET RECOURS AUX MÉDICAMENTS PSYCHOTROPES :
fiches d'information à l'intention des intervenants jeunesse
 
   
Présentation  

L’essor de la génétique, l’émergence des neurosciences et la parution des Diagnostic and Statistical Manual (DSM III et IV) ont profondément modifié les conceptions et pratiques en santé mentale, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des milieux médicaux (voir Ehrenberg & Lovell, 2001; Kirk & Kuchins, 1992). Tel que le mentionne le Blueprint for Change du National Institute of Mental Health : « Le DSM a délimité le domaine de la classification psychiatrique et, par conséquent, contrôlé le discours sur la maladie mentale, structuré les axes de recherche et établi les paramètres de connaissance, y compris de compréhension théorique, de la maladie mentale » (NAMHC Workgroup, 2001, p. 19).

Moncrieff & Crawford (2001) voient dans ces transformations un changement radical des cadres de référence : « Selon une opinion courante, tant en Angleterre qu'en Amérique du Nord, les modèles sociaux et psychanalytiques de la maladie mentale, dominants au milieu du siècle, ont été remplacés par une orientation de plus en plus biologique au cours des dernières décennies» (p. 349).

Au fil des ans, en Amérique du Nord du moins, les médicaments psychotropes sont devenus le traitement pédopsychiatrique le plus fréquemment utilisé. Les premiers médicaments ayant des effets sur le psychisme furent découverts tout à fait par hasard au cours des années 1950. Par exemple, c'est en travaillant sur un médicament limitant le choc post-opératoire, la chlorpromazine (Largactil ®), que Delay et Deniker découvrent en 1952 les propriétés relaxantes de cette substance. Quelques années plus tard, en 1956, lors de recherches sur un antibiotique destiné à soigner la tuberculose, l'iproniazide (Marsilid ®), Kline s'aperçoit que cet antibiotique possède des effets positifs inattendus sur des personnes dépressives.

L'idée d'administrer des médicaments apaisants ou euphorisants à des personnes souffrant de troubles mentaux n'a pas tardé à se répandre. Et rapidement, les premières molécules rudimentaires se sont affinées, et les effets secondaires indésirables atténués (quoiqu'ils se manifestent encore dans la plupart des cas).

Comment réagir par rapport à cette transformation des prises en charge? Il fait nul doute que les médicaments psychotropes ont permis des progrès immenses dans le champ des pratiques cliniques. Il faut rappeler qu'avant l'apparition de ces médicaments, les médecins étaient souvent limités à utiliser l'électrochoc, la douche froide, la camisole, l'isolement, et autant d'autres procédés qui peuvent sembler barbares de nos jours.

Cela dit, plusieurs questions se posent aujourd'hui par rapport à la consommation croissante de médicaments psychotropes et l’élargissement continuel du registre de leur utilisation, en particulier chez les jeunes. En effet, il faut savoir que les ordonnances sont en progression constante dans les cliniques pédiatriques, les écoles et en milieu institutionnel (voir Gadow, 1997).

D'autres personnes peuvent s'inquiéter de la sécurité des pratiques entourant l'usage des médicaments psychotropes. Plusieurs de ces molécules ont commencé à être utilisées auprès des enfants et des adolescents sur la base de leur efficacité auprès des adultes, sans que cet usage soit officiellement approuvé par la Food & Drug Administration (aux États-Unis) ou Santé Canada. Selon Bezchlibnyk-Butler et Virani (2007), cette absence d'approbation n'implique pas nécessairement la présence de risques quant à la sécurité et l'efficacité d'une molécule. Elle reflète plutôt le nombre insuffisant d'études contrôlées réalisées auprès de patient appartenant à ces groupes d'âge.

Ce guide a pour objectif d'aider les non-médecins à s'y retrouver lorsqu'il est question de problématiques de santé mentale et de médication psychotrope. On y trouvera quelques généralités sur l’évaluation psychiatrique, les grandes catégories diagnostiques et les grandes catégories de médicaments psychotropes, leurs indications et effets secondaires les plus courants. Le guide a été développé en pensant aux intervenants jeunesse qui suivent un enfant ou un adolescent sous médication. Il se propose de fournir une information claire et, autant que possible, conviviale. Elle est puisée dans des ouvrages de référence respectés tels que:

Pour obtenir des informations précises, le lecteur devra se référer à ces ouvrages plus directement ou à d'autres encore, comme le Compendium des produits et spécialités pharmaceutiques (ou CPS) au Canada et le Physician's Desk Reference (ou PDR) aux États-Unis.

Le lecteur est prié de ne pas se fier à ce document comme s'il s'agissait de recommandations officielles provenant d'une association professionnelle ou médicale.

En effet, comme l'écrit Lambert (2007), par rapport à la plupart des questions d'évaluation et de traitement en santé mentale, « rien ne peut se substituer au jugement clinique d'un praticien compétent ». Avant de répondre aux questions d'un jeune patient, l'intervenant gagnera à consulter un spécialiste (tel qu'un médecin ou un pharmacien). Nous insistons sur le fait que les informations qui suivent ne doivent nullement être considérées comme une incitation à modifier ou cesser un traitement médicamenteux prescrit par un médecin. En effet, il est dangereux de prendre des médicaments psychotropes sans la supervision nécessaire.

Denis Lafortune, Ph.D.
École de criminologie, Université de Montréal

Pour tout commentaire ou question: denis.lafortune@umontreal.ca

Rédaction :
Lafortune, Denis (Ph.D.), Professeur, École de criminologie, Université de Montréal.

Lambert, Yves (M.D., CCMF, FCMF), Centre jeunesse de la Montérégie.

Bedwani, Nagy Charles (M.D., LCMC, FRCP(C)), Pavillon Albert Prévost, Hôpital du Sacré Coeur de Montréal.

Laurier, Catherine (Ph.D., D.E.A.), Département de psychologie, Université du Québec à Montréal..

Fenchel, François (Ph.D.), École de criminologie, Université de Montréal.

Latour, Katherine (M.Sc. Criminologie), Université de Montréal.

Metz, Kristine (B.Sc criminologie), Université de Montréal.

Contribution financière
La production de ce document a été rendue possible grâce à la contribution financière du Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (CRSH), du Fonds de recherche en Santé du Québec (FRSQ – Volet santé et société) et du Fonds VINCI de l’Université de Montréal.

Les opinions exprimées dans ce document ne représentent pas nécessairement les points de vue officiels de l’Association des Centres jeunesse du Québec.

Note
Dans ce document, le masculin est utilisé comme représentant des deux sexes, sans discrimination à l’égard des hommes et des femmes, et dans le seul but d’alléger le texte.

 

Ce site veut essayer de remédier à la fois au manque d’informations précises et spécifiques à l’attention des personnes qui oeuvrent auprès de jeunes qui prennent des médicaments psychotropes.

Il a été développé à l'intention des éducateurs qui oeuvrent auprès d’une clientèle hébergée en Centres jeunesse qui sont fréquemment amenés à se demander si les symptômes que présente un jeune sont causés par sa médication, si l’usage que le jeune a fait d’autres médicaments, drogues ou de produits naturels peuvent interférer avec la médication ou générer des effets indésirables.

Fréquemment, l’usage du médicament ne correspond pas à l’indication officielle telle que libellée dans la CPS (ex : la clonidine, qui est un antihypertenseur, est aussi utilisée dans le trouble déficitaire de l’attention). Ce texte propose donc les indications alternatives les plus communes. Il a aussi été pensé pour servir de support aux intervenants jeunesse qui doivent naviguer entre les questions des parents et des jeunes qui prennent des médicaments, et les demandes des médecins qui veulent s’assurer d’un suivi adéquat d’une clientèle vulnérable. Bien qu’il n’ait pas la prétention d’être exhaustif, ce guide tente de répondre aux questions qui sont le plus souvent posées.

Le choix d’inclure ou non certaines informations relève des choix éditoriaux des auteurs et vise à assurer la pertinence et la facilité de consultation de ce site. Malgré tout, certaines informations moins directement liées à la clientèle jeunesse ont été incluses, puisqu’elles pourraient avoir un impact dans le suivi à moyen ou à long terme de la clientèle (grossesses, clientèle 18-24 ans, usages inappropriés des substances par d’autres membres de l’entourage).

MISES EN GARDE : Malgré les soins apportés à la rédaction de ce document, il peut s’être glissé des erreurs au moment de la rédaction. AUCUNE décision clinique importante ne devrait être prise à la seule lecture de ce document sans corroborer l’information à d’autres sources valides.

Ce document ne peut en aucune façon se substituer au jugement clinique d’un praticien compétent. Le contact avec le médecin prescripteur est à privilégier, ou à défaut, avec le médecin remplaçant, le pédopsychiatre ou le médecin de garde à l’hôpital. Le pharmacien de référence, l’infirmière de l’institution ou info-santé sont aussi des ressources qui peuvent être supportantes dans l’interprétation des informations.

Lors d’intoxications ou de surdosages, il faut prendre en compte que des médicaments ont pu être pris en association avec de l’alcool ou d’autres substances. Les conséquences peuvent donc en être aggravées et des mesures de précautions supplémentaires s’imposent. Le Centre anti-poison du Québec (1-800 463-5060) ou le 911 devraient être des ressources à privilégier.

Ce site veut servir de document de référence : ce n’est pas un livre de chevet (à moins de vouloir l’utiliser comme somnifère...). Les informations y sont complexes, tant par leur contenu que par la complexité même du sujet. Aussi vaut-il la peine de se familiariser avec la hiérarchie de l’information et les liens qui existent entre les différentes médications.

Ce site a puisé à plusieurs sources documentaires et professionnelles : Le CPS a bien certainement servi de document de base. Le document « L’ado qui déprime » du CMQ, et le guide « Les produits naturels » du CMQ sont parmi les documents utilisés. Une bibliographie sommaire est présentée à la fin du site.

Je me permettrai de recommander « Le petit guide des médicaments en santé mentale » de Gilles Marsolais qui est un outil pédagogique plus adapté pour qui voudrait faire un survol de l’ensemble de la médication. Tout commentaire des lecteurs et usagers de ce document sera le bienvenu et servira à améliorer le contenu et l’approche pédagogiques de ce texte.

Je tiens à adresser un remerciement tout particulier à Mme Élyse Desmeules (B.pharm) qui a effectué une révision exhaustive sur le plan pharmacologique.

Yves Lambert, M.D., CCMF, FCMF
Centre jeunesse de la Montérégie

 

 

Soulager la souffrance des autres est, sans aucun doute, un des gestes les plus nobles caractérisant l’Humanité. Entre la berceuse apaisant la détresse du nourrisson, et la soif étanchée du mourant, se situe une infinité d’actes à caractère thérapeutique parfois simples, souvent éminemment complexes qui visent l’élimination ou du moins l’allègement de l’inconfort de nos congénères. Cependant, la valeur attribuée à ces actions depuis la nuit des temps dépasse souvent leur portée réelle : aux yeux des mortels, ils revêtent parfois un caractère magique et leur pouvoir de contrer les « forces du Mal » est alors sans limites. Héritier du shaman, le médecin se voit ainsi investi de pouvoirs qu’il ne possède pas toujours. Ses médecines ne guérissent pas à tout coup, le plus souvent elles soulagent, et parfois leurs effets bénéfiques sont contrecarrés par des effets secondaires déplaisants, voire nocifs. Il existe enfin parmi ces substances aux vertus curatives certaines qui agissent « par effet placebo » sans qu’il se soit produit une réelle réaction thérapeutique.

Voilà pourquoi il importait de mettre en ligne un site, informant divers intervenants de ce qu'est l'acte de prescrire et de ce que sont les molécules prescrites.

Nagy Charles Bedwani, M.D., LCMC, FRCP(C)
Pavillon Albert Prévost, Hôpital du Sacré Coeur de Montréal

Autres références

  1. Collège des médecins du Québec et Ordre des pharmaciens du Québec, (2004). Les produits de santé naturels - Pour mieux conseiller vos patients..
  2. Ehrenberg, A. et A.M. Lovell (2001). La maladie mentale en mutation. Psychiatrie et société. Paris : Éditions Odile Jacob
  3. Marsolais, G. (2004). Petit guide des médicaments en santé mentale à l'intention des intervenants d'aide en situation de crise.
  4. NAMHC Workgroup on Child and Adolescent Mental Health Intervention Development and Deployment (2001). Blueprint for change: research on child and adolescent mental health. Washington D.C