PROBLÈMES DE SANTÉ MENTALE
ET RECOURS AUX MÉDICAMENTS PSYCHOTROPES :
fiches d'information à l'intention des intervenants jeunesse
 
   
Les psychostimulants, l'atomoxetine et la clonidine  
   
1. Considérations générales | 2. Les dérivés amphétaminiques | 3. Inhibiteur sélectif de la noradrénaline | 4. Agoniste alpha2 adrénergique  
   
1. Considérations générales sur les psychostimulants, l'atomoxétine et la clonidine  

Les psychostimulants ou stimulants du système nerveux central (SNC), très connus du public, sont surtout prescrits aux enfants et adolescents.  Les amphétamines sont utilisées depuis 1937 pour le traitement des enfants hyperactifs. Le méthylphénidate (Ritalin) a, quant à lui, été introduit en 1956 (l’utilisation de cette substance a donc maintenant presque cinquante ans). Quant à l’atomoxetine (Strattera), elle a été approuvée très récemment (2002) par la Food and Drug Administration aux États-Unis. Il s'agit de la première médication non-stimulante conçue pour le traitement du TDA/H à être introduite sur le marché. Elle a fait son apparition en 2004 au Canada.

Une partie de la controverse entourant le recours à ces médicaments relève des craintes suscitées par leur consommation à long terme, plusieurs de ces substances s’apparentant à la cocaïne et aux amphétamines. En fait, les différentes recherches se penchant sur les risques d’apparition d’une toxicomanie suite à une prise de psychostimulants se contredisent. Certains auteurs soutiennent que la prise de psychostimulants protège l'enfant du développement d’une toxicomanie, tandis que d’autres, à l’inverse, maintiennent qu'elle vient augmenter les risques de développer un problème de consommation. Sur une douzaine d’études rigoureuses publiées à ce propos jusqu’à maintenant, seulement une a pu établir un lien significatif entre un traitement avec des psychostimulants et un risque accru de troubles ultérieurs liés aux substances. Et malheureusement, cette étude n’a pas pris en compte les effets pouvant découler de la présence d’un diagnostic de trouble des conduites comorbide au TDA/H. Les résultats de onze autres groupes de recherche (ex. : Barkley, Fischer, Smallish et Fletcher, 2003; Biederman, Wilens, Mick, Spencer et Faraone, 1999; Wilens, Faraone, Biederman et Gunawardene, 2003) suggèrent qu’au lieu d’induire un trouble d’abus de substance, la pharmacothérapie psychostimulante protège les enfants. L'une d'elles (Barkley et al.) va jusqu’à préciser que les psychostimulants réduisent de 1,9 fois le risque d’abus de substances chez les jeunes souffrant d'un TDA/H par rapport à ceux présentant le même trouble, qui n’ont pas été traités par une pharmacothérapie.

Indications et mécanismes d'action
Les psychostimulants sont les médicaments de premier choix pour soulager les symptômes du TDA/H, bien qu'il soit fortement recommandé que ce traitement soit offert en association avec des mesures de type psychologique, pédagogique et/ou sociale. Chez les enfants qui souffrent de TDA/H, ces agents pharmacologiques diminuent habituellement l’agitation et augmentent la capacité de concentration. Chez les adolescents, les psychostimulants arrivent à contrôler les symptômes comportementaux et cognitifs du TDA/H, en plus de diminuer certains comportements agressifs. Certains rapports de recherche plus « anecdotiques » (à la méthodologie moins rigoureuse) suggèrent enfin que les performances académiques peuvent être améliorées quand il a surtout déficit de l’attention.

La seconde indication de ce type de médication est la narcolepsie (avec la dextroamphétamine).

Les psychostimulants ont été aussi utilisés pour induire une perte de poids puisqu’ils ont des effets anorexigènes (ceux des amphétamines). Mais avec l’arrivée sur le marché de nouveaux produits qui ne sont pas des amphétamines (comme le redux), ils sont de moins en moins utilisés à cette fin.

Les psychostimulants induisent enfin une augmentation de la réponse aux antidépresseurs chez les patients résistants au traitement. Ils peuvent donc être utilisés à dose faible ou modérée pour soulager les symptômes dépressifs, réduire l’apathie et augmenter les capacités de concentration.

Ces médicaments stimulent le système nerveux central en y augmentant la concentration des neurotransmetteurs : la noradrénaline et la dopamine. Partant de là, on assiste à une amélioration dans les capacités d’attention, de concentration et d’exécution de tâches répétitives. Il y a stimulation de l’activité mentale qui induit une sensation générale de bien-être et une élévation de l’humeur. À court terme, il peut aussi survenir une diminution de la fatigue mentale et une augmentation de l’activité motrice. Ces médicaments stimulent également le système nerveux autonome, affectant la respiration et entraînant parfois une dilatation des pupilles.

L’utilisation des psychostimulants offre habituellement une bonne sécurité et une bonne efficacité (la réponse aux stimulants du SNC est positive dans environ 70% des cas). L'effet est très rapide, la réponse apparaissant en 2 à 3 jours habituellement, et les effets secondaires sont habituellement sans danger. L’emploi d’une seule dose normale provoque un éveil mental, une amélioration de la concentration, une augmentation de l’activité verbale et motrice de même qu’une meilleure performance physique.  Avec une dose plus forte, les précédents effets peuvent toutefois être inversés.

 
 
 
2. Les dérivés amphétaminiques
 
Nom de la molécule
Neurotrans-metteur ciblé
Doses quotidiennes selon le CPS/ Joffe et al. (2002) (pour les adultes)
Dose de départ recommandée pour enfants
Doses quotidiennes cibles recomman-
dées pour enfants/ados
Indications approuvées (Canada ou États-Unis)
Indications addition-
nelles
Dextroamphétamine Dexedrine
Dexedrine Spansules ®
Libération de dopamine, de noradrénaline et de sérotonine, inhibition de l’enzyme MAO 2,5 à 40 mg 3 - 5 ans : 2,5 mg augmentations de 2,5 mg/semaine
> 6 ans : 5 mg augmentations de 5 mg/semaine
2,5 – 40 mg
(0,1 – 0,8 mg/kg/jour) en doses divisées
* capsules peuvent être émiettées dans la nourriture
TDA/H Dépression
Narcolepsie
Méthylphénidate
Ritalin
Ritalin SR
PMS-methylphenidate
Ratio-methylphenidate®
Biphentin
Inhibition de la recapture de la noradrénaline et de la dopamine 60 - 140 mg 2,5 mg b.i.d. augmentations de 2,5 – 5 mg/semaine 5 – 60 mg
(0,25 – 1 mg/kg/jour) en doses divisées (jusqu’à 3 mg/kg/jour)
TDA/H Dépression
Narcolepsie
Concerta ®     Enf. ne prenant pas de ritalin. : 18 mg
Enf. prenant déjà du ritalin :
15-20 mg ritalin => 18 mg concerta ; 20-40 mg ritalin => 36 mg concerta ; 45-60 mg ritalin => 54 mg concerta
Max. : 54 mg
TDA/H  
Sels d'amphétamines Adderal ®
Retiré du marché canadien en février 2005 : aurait été associé à des morts subites, des décès reliés à des troubles cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux chez des enfants et des adultes. Aucun cas de décès signalé au Canada). Réintroduit en août 2005
Libération de dopamine, de noradrénaline et de sérotonine, inhibition de l’enzyme MAO 5 à 20 mg 2,5 – 5 mg augmentations de 2,5 – 5 mg aux 3 à 7 jours 25 mg/jour en doses divisées aux 4 – 7 h. TDA/H  

2.1 Méthylphénidate
Les taux de dopamine extracellulaire sont augmentés par le méthylphénidate, principalement par le blocage du recaptage (présynaptique) de la dopamine. Il semble aussi que le méthylphénidate bloque plus de 50% des transporteurs de la dopamine (DAT) (Volkow et al., 2002) ce qui augmente encore la dopamine extracellulaire. 

Il y a ainsi une très grande variabilité dans les doses nécessaires à l'apparition d'un changement au niveau des symptômes du TDA/H. Cette variabilité pourrait s'expliquer par des différences individuelles au niveau de la quantité de dopamine libérée par les neurones. Ainsi, selon certains auteurs, ces différences individuelles pourraient être dues au métabolisme propre à chaque jeune (ou adulte) qui consomme ce médicament. On sait par ailleurs que l'activité cellulaire dopaminergique est elle-même dépendante de la stimulation environnementale, ce qui signifie que l'effet du méthylphénidate pourrait dépendre du contexte.

Le methylphénidate est le psychostimulant le plus utilisé et le mieux étudié actuellement. Comme il est souvent associé à des retards de croissance, il est recommandé de prendre des pauses (« drug holidays ») les fins de semaine ou durant la période estivale.

Le Ritalin est offert sous deux formes : le Ritalin IR (immediate release) à libération immédiate et le  Ritalin SR (sustained release) à libération constante. Le Concerta est aussi apparu sur le marché depuis quelques années. Il s’agit d’un comprimé de méthylphénidate qui peut agir pendant 12 heures ou pendant toute une journée, et ce, en une seule dose. Le mécanisme d’action du Concerta sera expliqué quelques lignes plus bas, après avoir distingué les deux formes de Ritalin plus conventionnelles : Ritalin IR et Ritalin SR.

Ritalin IR et SR : Au niveau pharmacocinétique, la forme IR a une demi-vie d'une à trois heures et agit plus rapidement que la forme SR (qui a une demi-vie de 4,1 heures). Le méthylphénidate étant une substance liposoluble, il traverse facilement la barrière hémato-encéphalique (d'où son absorption rapide; Maselli et al., 2002). La nourriture n’a pas beaucoup d’effet sur l’absorption de cette substance. Les comprimés de Ritalin doivent être pris de deux à trois fois par jour, ce qui engendre souvent des problèmes d'observance, et des troubles du sommeil au moment du coucher.

Concerta (Chlorhydrate de méthylphénidate) : Le système OROS utilisé par Concerta repose sur un principe de pompe « osmotique » qui assure une libération constante de méthylphénidate dans l’organisme. Les premiers 22 % de la dose du médicament (contenu dans la couche supérieure du comprimé) se dissolvent dans l’heure suivant l’ingestion. Une libération constante de méthylphénidate est ensuite assurée par un jeu de pression osmotique qui agit sur le polymère semi-perméable de la membrane du comprimé et libère ainsi une dose constante de médicament par un minuscule trou situé à une extrémité du comprimé. La figure suivante explique le fonctionnement d’un comprimé de Concerta.

Le Concerta minimise ainsi les fluctuations de concentration du médicament. La figure suivante compare la quantité de méthylphénidate libérée dans l’organisme suite à une seule dose de Concerta et à trois doses de Ritalin.

À titre informatif, le tableau suivant montre les quantités de méthylphénidate libérées dans l’heure suivant l’ingestion du comprimé et dans les onze heures suivantes pour 4 posologies de Concerta.

Principales interactions pharmacologiques du méthylphénidate avec d’autres médicaments et des drogues illicites (Ben-Amar, 2004)

Substance combinée avec le méthylphénidate

Conséquences possibles

Gravité

Alcool

Augmentation des effets indésirables du méthylphénidate sur le SNC

(±)

Antidépresseurs tricycliques

Augmentation des effets des antidépresseurs tricycliques

(!)

IMAO (Antidépresseurs)

Crise hypertensive

(!!!)

Légende : Interaction majeure (!!!) : Peuvent mettre en danger la vie du consommateur ou causer des dommages permanents.
Interaction modérée (!!) : Effets significatifs. Dans certains cas de réactions indésirables, ils peuvent entraîner une détérioration clinique. Un traitement additionnel ou parfois l’hospitalisation peuvent être requis.
Interaction mineure (!) : Les effets sont généralement peu marqués. Ils n’affectent pas de façon significative l’issue thérapeutique et n’entraînent pas de conséquences sérieuses pour le récipiendaire.
Interaction variable (±) : Les effets varient selon les doses utilisées et la sensibilité particulière de chaque consommateur.

2.2 Dextroamphétamine
La dextroamphétamine est moins coûteuse que le méthylphénidate et elle agit sur une plus longue période. Mais elle demeure moins utilisée à cause de la perception négative qu'en ont plusieurs médecins et pharmaciens. En effet, c’est une amphétamine qui a un plus grand potentiel d’abus que le méthylphénidate.

2.3 Sels d’amphétamine (Adderall)
Cette substance – non disponible au Canada - est en fait une combinaison de quatre sels : le saccharate et le sulfate de dextroamphétamine, l’aspartate et le sulfate d’amphétamine. Adderall  est disponible sous deux formes : IR (3 heures) et SR  (7 heures). Une étude en 2002 (Faraone, Biederman et Roe) a démontré que Adderall présente un faible avantage par rapport au méthylphénidate IR sur les symptômes globaux de TDA/H: les quatre sels d’amphétamine ont une plus longue durée d’action que le méthylphénidate.

Principales interactions pharmacologiques des sels d'amphétamines avec d’autres médicaments et des drogues illicites (Ben-Amar, 2004)

Substance combinée avec les amphétamines et dérivés

Conséquences possibles

Gravité

Autres stimulants du SNC

Potentialisation des effets agréables et  toxiques

(±)

Dépresseurs du SNC

Potentialisation de l’euphorie
Diminution des effets désagréables

(±)

Alcool

Potentialisation de l’euphorie
Diminution des effets stimulants des amphétamines et des effets dépresseurs de l’alcool

(±)

Antidépresseurs tricycliques

Augmentation des effets des amphétamines

(!!)

Caféine

Augmentation du rythme cardiaque ou de la pression sanguine

(±)

Cannabis

Diminution de l’anxiété provoquée par les amphétamines
Augmentation du rythme cardiaque ou de la pression sanguine

(±)

IMAO (Antidépresseurs)

Augmentation des effets des amphétamines
Céphalées sévères
Fièvre, convulsions, arythmies cardiaques
Décès suite à des crises hypertensives et aux hémorragies cérébrales subséquentes

(!!!)

ISRS (Antidépresseurs)

Augmentation des effets des amphétamines
Risque accru d’un syndrome sérotoninergique incluant agitation, confusion, irritabilité, altérations de la conscience, faiblesse, rigidité musculaire, fièvre, transpiration, frissons, tremblements, hypertension, convulsions et collapsus cardiovasculaire

(!!!)

Lithium (Stab. de l’humeur)

Diminution des effets des amphétamines

(±)

Phénothiazines  (Antipsychotiques)

Convulsions
Diminution des effets des amphétamines
Diminution des effets des phénothiazines

(!!!)

Pimozide (Orap) (Antipsychotique)

Diminution des effets des amphétamines

(±)

Légende : Interaction majeure (!!!) : Peuvent mettre en danger la vie du consommateur ou causer des dommages permanents.
Interaction modérée (!!) : Effets significatifs. Dans certains cas de réactions indésirables, ils peuvent entraîner une détérioration clinique. Un traitement additionnel ou parfois l’hospitalisation peuvent être requis.
Interaction mineure (!) : Les effets sont généralement peu marqués. Ils n’affectent pas de façon significative l’issue thérapeutique et n’entraînent pas de conséquences sérieuses pour le récipiendaire.
Interaction variable (±) : Les effets varient selon les doses utilisées et la sensibilité particulière de chaque consommateur.

Effets secondaires de classe
Indiquons d’emblée que les psychostimulants peuvent affecter la production des hormones de croissance et réduire les gains de poids et de taille chez les enfants en période de croissance (Cohen et Cailloux-Cohen, 1995). Si ces retards ne sont souvent que temporaires, ils peuvent aussi, advenant que la médication soit maintenue sur une période prolongée, êtres permanents. Parmi les autres effets secondaires possibles, notons :

  • Nervosité, insomnie, diminution de l’appétit, nausées et vomissements, surtout en début de traitement.
  • Étourdissements, somnolence, céphalées, sécheresse de la bouche, palpitations, augmentation de la tension artérielle, éruptions cutanées, exacerbation des tics, augmentation des symptômes de Gilles de la Tourette, psychose toxique.

Mises en garde

  • Non recommandé pour les enfants de moins de 6 ans (recommandations du fabricant).
  • Contre-indiqué dans le syndrome de Gilles de la Tourette. Toutefois, des études récentes indiquent une sécurité relative à faible dose.
  • Suivi médical régulier compte tenu de risque d’effet sur la croissance et sur l’hémogramme (atteinte des globules rouges ou blancs)
  • Surveillance médicale requise chez les patients ayant des antécédents de toxicomanie
  • Abaissement du seuil convulsif.
  • Contre-indiqués dans les cas d’anxiété et d’agitation aiguë, de troubles alimentaires, d’hyperthyroïdie, d’angine de poitrine, de glaucome et de traitement aux IMAO dans les 14 derniers jours.
  • Syndrome de retrait possible (dépression) : diminution progressive des doses peut être nécessaire.

Avis de Santé Canada, mai 2006 (voir le site)

  • Les médicaments pour le TDAH doivent être amorcés à la plus faible dose possible; la posologie doit ensuite être augmentée progressivement, étant donné que la réponse varie grandement d'un patient à un autre.
  • Les médicaments pour le TDAH ne devraient pas être utilisés chez les patients ayant une maladie cardiaque symptomatique, une hypertension modérée à grave, artériosclérose à un stade avancé ou de l'hyperthyroïdie.
  • Les médicaments pour le TDAH ne doivent pas, en général, être utilisés chez les patients que l'on sait atteints d'anomalies cardiaques structurelles.
  • Avant d'instaurer le traitement, il est important de savoir s'il y a dans la famille du patient des cas de mort subite ou de décès relié à des troubles cardiaques, si le patient pratique une activité physique intense, ou prend d'autres médicaments sympathomimétiques. En présence des facteurs de risque pertinents et selon le jugement du médecin, une évaluation cardiovasculaire plus approfondie peut être envisagée avant d'initier le traitement.
  • La santé cardiovasculaire des patients qui ont besoin d'un traitement prolongé par les médicaments pour le TDAH doit être évaluée périodiquement, selon le jugement du médecin.
  • Les patients prenant des médicaments pour le traitement du TDAH ne devraient pas cesser leur médication sans d'abord consulter leur médecin.
  • L'information semblable apparaîtra également dans les Renseignements destinés aux patients pour chacun des produits.

Avis de Santé Canada, septembre 2006 (voir le site)
Santé Canada informe les Canadiens que les renseignements posologiques et les renseignements à l'intention du patient qui s'appliquent à tous les médicaments utilisés pour traiter le trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention (THADA) sont en cours de révision afin d'indiquer qu'ils peuvent entraîner des effets indésirables d'ordre psychiatrique, dont de rares cas d'agitation et d'hallucinations chez les enfants.

Surdosage
Si l’absorption d’une trop grande quantité de psychostimulants peut rendre malade, elle n’occasionne pas de troubles physiques permanents.  Celle-ci peut toutefois provoquer vertiges, tremblements, nausées, vomissements, dilatation des pupilles, irritabilité, confusion, hallucinations, douleurs à la poitrine, hypertension, hypotension, palpitations, fièvre, frissons, sueurs (Cohen et Cailloux-Cohen, 1995). Un effet de tolérance est possible pour les amphétamines. En effet, si une quantité plus grande que la dose prescrite est consommée, de l’euphorie peut survenir, ce qui a pour effet d’entraîner une diminution des inhibitions et une plus grande loquacité. Ainsi peut s’instaurer une tolérance progressive.
Adderall
Concerta
Dexedrine
Ritalin
   
3. Inhibiteur sélectif de la noradrénaline ou Atomoxetine (Strattera)  

Nom de la molécule

Mécanisme d'action

Doses quotidiennes selon le CPS/Joffee et al., (2002)

Dose de départ recommandée pour enfants

Doses quotidiennes cibles recommandées pour enfants/ados

Indications approuvées (Canada ou États-Unis)

Atomoxetine Strattera ®

Inhibition présynaptique du transporteur de la norépinéphrine

***

< 70 kg: 0,5 mg/kg/jour augmentation après 3 jours.
> 70 kg: 40 mg augmentations après 3 jours.

< 70 kg: max. 1,2 mg/kg/jour.
> 70 kg: max. 100 mg (o.d. ou b.i.d.)

TDA/H

Indications additionnelles :
Approuv é par Santé Canada le 2004-12-24
Mis en marché en mars 2005
Contrairement aux psychostimulants, l’atomoxétine prend de 4 à 6 semaines à dose thérapeutique pour être efficace. Des stratégies de substitution sont à considérer pour les personnes prenant déjà des psychostimulants.
Apparemment, le produit ne présenterait pas de potentiel d’abus, on ne lui associe pas de propriété stimulante ou euphorisante. La poudre contenue dans les capsules est très irritante pour les voies respiratoires.

L’arrivée de l'atomoxetine sur le marché (approuvée en 2002 par la FDA – disponible au Canada depuis janvier 2005) est souvent présentée comme « une révolution au niveau du traitement du TDA/H ».  Une bonne partie de sa mise en marché se fait d'ailleurs en la comparant aux psychostimulants.

  • Les stimulants du système nerveux central comportent de nombreux désavantages, dont celui d’être des substances recherchées pour leurs effets euphorisants par les personnes ne souffrant pas de TDA/H.
  • Certains enfants, adolescents et adultes (environ 30%) peuvent ne pas répondre ou tolérer un traitement stimulant.
  • Les préoccupations au sujet des retards de croissance pouvant être induits par le méthylphénidate sont aussi venues supporter le développement de traitements alternatifs et non stimulants.

L’atomoxetine (Strattera) est un inhibiteur sélectif du recaptage de la noradrénaline, mais elle n'affecte pas la dopamine comme le fait le méthylphénidate.  Cette substance non stimulante agit à deux niveaux : elle inhibe le transporteur pré-synaptique de la noradrénaline et bloque/ralentit la réabsorption (recapture) de la noradrénaline (Buck, 2002). L’atomoxetine agit donc au niveau de la noradrénaline tandis que le méthylphénidate le fait au niveau de la dopamine.

Son absorption est rapide après l’administration orale et sa demi-vie est d’environ 5 heures. Elle agit donc plus longtemps que le méthylphénidate. Son efficacité se situe au niveau du traitement des symptômes du TDA/H  et ceux des autres troubles qui pourraient y être associés (dépression, trouble oppositionnel, syndrome Tourrette). Tout comme le méthylphénidate, sa pharmacocinétique est peu affectée par la nourriture. L’atomoxetine agit de la même façon chez les enfants et les adultes. Toutefois, elle n’a pas été évaluée chez les enfants de moins de 6 ans.

Par rapport au méthylphénidate, l'atomoxetine comporte donc un moins grand potentiel d’usage hédoniste ou d'abus. De plus, il est possible de l’administrer le soir sans qu’elle n’affecte le sommeil.

Effets secondaires

  • Somnolence, diminution de l’appétit, nausées, douleur abdominale, hypertension, hypotension orthostatique (étourdissements aux changements de position), bouche sèche, insomnie, constipation, crampes menstruelles transpiration augmentée, dysfonctions sexuelles, brûlements d’estomac (dyspepsie), palpitations, rêves anormaux.
  • Les effets secondaires semblent se produire surtout en début de traitement et peuvent être minimisés par une titration plus lente.

Mises en garde

  • Contre indiqué si glaucome
  • Précaution si HTA maladie cardiaque, cérébro-vasculaire, hypotension.
  • Surveiller la courbe de croissance
  • Toxicité hépatique possible (rare)
  • Risque d’augmentation des comportements d’automutilation chez les 7-12 ans 
  • La mise en garde fait suite à une analyse récente des résultats d'études, contrôlées par placebo, sur Strattera, ayant montré une fréquence plus élevée de pensées suicidaires chez les enfants et adolescents traités par Strattera (septembre 2005)

Surdosage
Il ne semble pas y avoir de possibilité de dépendance à l’atomoxetine comme c’est le cas pour le méthylphénidate.

Principales interactions pharmacologiques de l’atomoxetine avec d’autres médicaments et des drogues illicites (Ben-Amar, 2004)

Substance combinée l’atomoxetine

Conséquences possibles

Gravité

Agoniste beta2
Ventolin

Potentialisation des effets du ventolin sur le système cardio-vasculaire

 

Paroxetine
Fluoxetine
Quinidine

Potentialisation des effets de l’atomoxetine

 

IMAO (Antidépresseurs)

Contre-indiqué

(!!!)

Légende :
Interaction majeure (!!!) : Peuvent mettre en danger la vie du consommateur ou causer des dommages permanents.
Interaction modérée (!!) : Effets significatifs. Dans certains cas de réactions indésirables, ils peuvent entraîner une détérioration clinique. Un traitement additionnel ou parfois l’hospitalisation peuvent être requis.
Interaction mineure (!) : Les effets sont généralement peu marqués. Ils n’affectent pas de façon significative l’issue thérapeutique et n’entraînent pas de conséquences sérieuses pour le récipiendaire.
Interaction variable (±) : Les effets varient selon les doses utilisées et la sensibilité particulière de chaque consommateur.
Strattera
 
 
4. Agoniste alpha2 adrénergique ou clonidine (Catapres/ Novo-clonidine/ Dixarit
 

Nom de la molécule

Mécanisme d'action

Doses quotidiennes selon le CPS/Joffee et al., (2002)

Doses quotidiennes cibles recommandées pour enfants/ados

Indications approuvées ou non

Clonidine Catapres ®
Apo-Clonine
Novo-Clonidine
Nu-Clonidine ®
Dixarit ®

Agoniste alpha2-adrénergique

0,1-0,6 (0,9) mg/jour

 

TDA/H : 0,05 – 0,3 mg
Comportement antisocial ou agressif : 0,15 – 0,4 mg
Troubles anxieux : 0,15 – 0,5 mg

Trouble du déficit de l’attention (TDAH) (adulte et enfant)
Gilles de la Tourette
Arrêt tabagique
Céphalées de rebond
Sevrage aux opiacés
Syndrome des jambes sans repos
Douleur chronique

Indications additionnelles :
Peut aider à diminuer les troubles du sommeil resultants des psychostimulants;
Améliore le comportement et l’impulsivité;
Contrôle de l’agressivité et de l’impulsivité;
Utilisé dans le sevrage à l’héroïne et à la nicotine.

Historiquement, la première indication de la clonidine a été le traitement de l’hypertension. Cette molécule est maintenant utilisée en pédopsychiatrie pour soulager notamment les tics, troubles des conduites et les troubles du sommeil (Connor, Fletcher et Seanson, 1999). Elle peut être bénéfique aussi dans les cas d’anxiété généralisée, de troubles paniques, de troubles obsessionnels compulsifs, en plus de potentialiser les effets de ISRS et des ACT dans la phobie sociale et les syndromes de choc post-traumatique.

Mais la clonidine est surtout l'un des médicaments les plus prescrits pour traiter le TDA/H. On la recommande, souvent en concomitance avec le méthylphénidate, pour les jeunes qui sont très excitables, hyperactifs, impulsifs, défiants, irritables, explosifs et d’une humeur labile (Biederman et Spencer, 2000). Elle pourrait aussi réduire les symptômes d’agressivité. Un autre avantage est que la clonidine, lorsqu’elle est prescrite en combinaison avec des psychostimulants, pourrait réduire l’insomnie souvent liée aux stimulants.

Cette substance est un agoniste alpha2-adrénergique, c'est-à-dire qu'elle agit par la stimulation des récepteurs alpha2-adrénergiques du système nerveux central. La clonidine réduit les influx provenant du système nerveux sympathique, ce qui a pour effet de : réduire la résistance des veines, diminuer les pulsations cardiaques et la pression sanguine. À la suite de l’administration de clonidine, il semble que le débit sanguin augmente lorsque le sujet exécute des tâches cognitives ou motrices impliquant le cortex pré-frontal. L’efficacité de la clonidine en tant que médicament psychotrope dans le traitement du trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est comparable à celle des antidépresseurs tricycliques, mais moindre que celle des stimulants.

De fait, selon Daniel F. Connor (1999), la clonidine serait pertinente dans la mesure ou elle serait employée de manière concomitante à un autre mode de traitement. Une méta-analyse réalisée par cette équipe américaine a regroupé 39 publications traitant de la clonidine. De ce nombre, 13 publications consistaient en des études sans groupe contrôle, 16 étaient des études de cas ou lettre à l'éditeur et 10 pouvaient être qualifiées de rigoureuses (groupe contrôle/placebo, répartition aléatoire des sujets, protocole à l'aveugle). De cet ensemble, 11 études ont été retenues pour une méta-analyse (8 études avec groupe contrôle/placebo et 3 sans groupe contrôle/placebo). Dans tous les cas, la variable dépendante à l'étude était l'atténuation des symptômes TDAH. Les 11 études s'accordent pour conclure à un effet positif sur les symptômes et ce, quel que soit l'observateur (clinicien, parent ou professeur). Les doses quotidiennes moyennes varient de 0,10 mg à 0,25 mg. Au plan statistique, la taille de l'effet peut être qualifiée de modérée et d'inférieure à celle des psychostimulants.

Effets secondaires

  • Bouche et yeux secs, somnolence, étourdissements, constipation, sédation. Ces réactions sont fréquentes, et plus importantes pour des dosages plus élevés. Elles ont tendance à rentrer dans l’ordre en quelques semaines.
  • Plus rarement : nausées et vomissements, dépressions, cauchemars, céphalées, troubles de la perception, hallucinations, troubles du sommeil, démangeaisons, perte de cheveux, urticaire, baisse de libido, faiblesse, fatigue, maladie de Raynaud.

Mises en garde

  • Les précautions reliées à la clonidine sont très peu fréquentes chez les jeunes. On devrait toutefois être attentif à des jeunes qui présenteraient des anomalies de la conduction cardiaque.
  • On devrait aussi être attentif à la somnolence qui peut être importante chez certains (enjeux de sécurité).
  • Éviter chez la femme enceinte.
  • Si le médicament doit être cessé, diminuer les doses de façon graduelle pour éviter des symptômes de sevrage.
  • Des cas d’abus de clonidine ont été répertoriés chez des patients avec histoire de toxicomanie. Les doses utilisées étaient de 1 à 3 mg, soit de 10 à 15 fois plus fortes que la normale.

Principales interactions pharmacologiques de la clonidine avec d’autres médicaments et des drogues illicites (Ben-Amar, 2004)

Substance combinée la clonidine

Conséquences possibles

Gravité

Antidépresseurs tricycliques

Effets de la clonidine peuvent être diminués

 

Alcool

Potentialisation des effets dépresseurs de l’alcool

 

Barbituriques

Potentialisation des effets dépresseurs des barbituriques

(!!!)

Légende : Interaction majeure (!!!) : Peuvent mettre en danger la vie du consommateur ou causer des dommages permanents.
Interaction modérée (!!) : Effets significatifs. Dans certains cas de réactions indésirables, ils peuvent entraîner une détérioration clinique. Un traitement additionnel ou parfois l’hospitalisation peuvent être requis.
Interaction mineure (!) : Les effets sont généralement peu marqués. Ils n’affectent pas de façon significative l’issue thérapeutique et n’entraînent pas de conséquences sérieuses pour le récipiendaire.
Interaction variable (±) : Les effets varient selon les doses utilisées et la sensibilité particulière de chaque consommateur.

Dans la même catégorie de médicaments, soit les antihypertenseurs, la guanfacine (non disponible au Canada) est indiquée et serait même plus efficace que la clonidine. Il s’agit aussi d’un agoniste alpha2-adrénergique qui est plus sélectif et qui cause moins d’effets secondaires que la clonidine. La guanfacine pourrait réduire l’impulsivité et améliorer la régulation de l’attention en renforçant le contrôle des comportements, ainsi que la capacité de planification et la mémoire de travail. Elle semble être efficace aussi dans les cas de TDA/H avec trouble de Tourette/tics.

Les précautions reliées à la guanfacine sont très peu fréquentes chez les jeunes. On devrait toutefois être attentif à des jeunes qui présenteraient des anomalies de la conduction cardiaque.

  • On devrait aussi être attentif à la somnolence qui peut être importante chez certains (enjeux de sécurité).
  • Éviter chez la femme enceinte.
  • Si le médicament doit être cessé, diminuer les doses de façon graduelle pour éviter des effets rebond sur la pression.
  • Possibilité (non prouvée) de déclencher des épisodes maniaques chez les sujets susceptibles
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