PROBLÈMES DE SANTÉ MENTALE
ET RECOURS AUX MÉDICAMENTS PSYCHOTROPES :
fiches d'information à l'intention des intervenants jeunesse
 
 
Introduction à la psychopharmacologie :
cerveau, neurone, synapse et neurotransmetteurs*
 
1.Le cerveau et les neurones | 2. Fonctionnement électrique des neurones | 3. Fonctionnement chimique des neurones | 4. Neurotransmetteurs | 5. Terminologie usuelle en pharmacologie | 6. Les cytochromes P450
 
1. Le cerveau et les neurones

En surface, le cerveau présente l'aspect de nombreux sillons et vallons aux contours variés. Cette surface est le cortex cérébral. Elle contient un grand nombre de corps cellulaires de neurones, ce qui lui donne une teinte grise : c'est la matière grise.

Les noyaux cérébraux sont des groupements denses de corps cellulaires de neurones retrouvés à l'intérieur du cerveau. Ce sont des centres de traitement d'information.

La barrière hémato-encéphalique : Le cerveau reçoit un apport continu d'oxygène et de glucose. Il accomplit un travail intense qui demande énormément d'oxygène et de nutriments, surtout le glucose. La distribution des nutriments et autres substances chimiques aux cellules du cerveau, ainsi que l'élimination des déchets se fait par l'intermédiaire des capillaires, des vaisseaux sanguins très fins.

La fragilité du cerveau exige une protection contre les fluctuations de la composition chimique du sang. Cette protection est assurée par la barrière hémato-encéphalique. Cette enveloppe additionnelle autour des capillaires rend les échanges de substances plus difficiles entre le sang et les cellules cérébrales. Ainsi, certains médicaments, comme les antibiotiques, pénètrent très difficilement le cerveau. Quant aux médicaments psychotropes, en fonction de leur structure chimique, ils franchissent plus ou moins rapidement la barrière hémato-encéphalique. Leur rapidité et leur puissance d'action sont liées à la vitesse de cette diffusion. Ainsi, l'héroïne est plus puissante et agit plus rapidement que la morphine car sa structure chimique fait en sorte qu'elle traverse plus rapidement la barrière hémato-encéphalique.

La structure du neurone. À l'instar du cerveau, le neurone fonctionne selon les principes d'entrée, de traitement et de sortie des informations. Les dendrites sont des prolongements du corps cellulaire et représentent 90% de la surface du neurone. Ils jouent le rôle d'antennes réceptrices et assument la fonction d'entrée des informations (input). Ces antennes captent les messages provenant des autres neurones ou des organes sensoriels. L'axone est le fil conducteur du neurone. Il vient du corps cellulaire. Les messages électriques voyagent le long de l'axone à destination d'autres neurones et vers les cellules des muscles et de plusieurs glandes. Sa longueur est variable. La partie terminale de l'axone joue le rôle d'antennes émettrices et assument la fonction de sortie des informations (output).

 
2. Fonctionnement électrique des neurones

Les signaux captés par les dendrites et le corps cellulaire sont de deux natures : stimulants ou inhibiteurs. Un signal stimulant augmente l'excitabilité du neurone, alors qu'un signal inhibiteur diminue son excitabilité. Le corps cellulaire du neurone intègre simultanément des centaines d'ondes électriques, c'est-à-dire qu'il additionne les signaux stimulants et soustrait de ce total l'ensemble des signaux inhibiteurs.

En bout de ligne, l'activité d'un neurone se reflète par la fréquence des influx nerveux qu'il produit. Les psychotropes modifient la fréquence des influx nerveux. En conséquence, ils augmentent ou diminuent l'activité du système nerveux. Un stimulant tel que la cocaïne augmente la fréquence des influx de certains neurones, entraînant un état d'éveil plus grand chez le consommateur. À l'inverse, un somnifère diminue la fréquence des influx nerveux, ce qui peut conduire à un état de somnolence.
 
3. Fonctionnement chimique des neurones
Transmission synaptique
La majorité des neurones ne sont pas reliés directement les uns aux autres car il existe un espace entre eux appelé fente synaptique. La transmission de l'information d'un neurone à un autre neurone ou à un organe cible s'opère par le biais de la synapse.
Schéma de la synapse tiré de Léonard et Ben Amar, (2002) p.47
 

Notre cerveau comporte environ 1 million de milliards de synapses. Quand l'influx nerveux atteint les terminaisons axonales, les boutons synaptiques libèrent des molécules appelées neurotransmetteurs dans la fente synaptique. L'arrivée de l'influx nerveux à la terminaison axonale provoque la libération des neurotransmetteurs dans la fente synaptique. Le neuromédiateur libéré diffuse passivement. Une partie de ces molécules va se fixer sur les récepteurs membranaires de la cellule.

Les changements produits par la transmission synaptique sont soit stimulants, soit inhibiteurs. La transmission synaptique constitue non seulement le mécanisme fondamental par lequel les psychotropes agissent sur le cerveau au point de vue pharmacologique, mais aussi le support neurophysiologique de tous les processus psychiques.
 
4. Neurotransmetteurs

Plus d'une trentaine de neurotransmetteurs ont été identifiés à ce jour. Voici quelques-uns des plus connus.

Acides aminés

Acétylcholine (Ach) est une molécule susceptible de stimuler plusieurs types de récepteurs qui sont dit "cholinergiques". Ceux-ci se regroupent en deux ensembles : les récepteurs nicotiniques et muscariniques. Après avoir été libérée dans l’espace synaptique, l'acétylcholine est dégradée par une enzyme. L'Ach est impliquée :

  • dans le fonctionnement de la mémoire
  • dans la régulation de diverses fonctions neuro-végétatives (ex., circulation, respiration, digestion)
  • dans les effets secondaires périphériques de plusieurs drogues
  • La maladie d'Alzheimer est associée à une dégénérescence cholinergique
  • Un blocage important de la neurotransmission cholinergique peut causer de la confusion, des délires et des hallucinations
 

Acide gamma-aminobutyrique (GABA) est une molécule qui agit sur des récepteurs spécifiques dits GABA-A et GABA-B. Elle est ensuite dégradée par une enzyme appelée GABA transaminase. Le GABA est un neurotransmetteur inhibiteur impliqué :

  • dans les mécanismes d'anxiolyse et d’apaisement (sédation)
  • dans l'épilepsie
 

Glutamateest une molécule qui agit sur les récepteurs spécifiques dits « glutamatergiques ». Il existe cinq types de récepteurs à glutamate sur les neurones.

  • Le glutamate est un neurotransmetteur excitateur qui joue un rôle important dans le fonctionnement de la mémoire
 
Monoamines

Adrénaline (Adr) ou épinéphrine (E) est un neurotransmetteur qui agit sur des récepteurs spécifiques dits « adrénergiques ». Elle est ensuite dégradée par une enzyme appelée monoamine oxydase.Elle est également une hormone libérée massivement dans les états de stress par la glande médullo-surrénale. L’adrénaline est impliquée :

  • dans la prépararation de l'organisme à un état de fuite ou de lutte
  • dans la régulation de l'appétit
  • dans la régulation de la douleur
 

Noradrénaline (NA) ou norépinéphrine (NE) est un neurotransmetteur qui agit sur des récepteurs spécifiques dits « noradrénergiques ». Elle est ensuite dégradée par une enzyme appelée monoamine oxydase. La noradrénaline est impliquée :

  • dans l'agressivité
  • dans les états d'éveil
  • dans la régulation de diverses fonctions neuro- végétatives (ex : circulation, respiration, digestion)
  • dans la régulation de l'appétit
 

Dopamine (DA) est un neurotransmetteur qui agit sur des récepteurs spécifiques dit « dopaminergiques ». Il y a plusieurs types de récepteurs domaninergiques appelés D1, D2, D3 et D4. L'affinité de chaque médicament psychotrope est différente pour chacun des types de récepteur. La dopamine est impliquée :

  • dans le phénomène de renforcement positif (genèse du plaisir)
  • dans la méfiance et l'agressivité (un excès d'activité dopaminergique peut être associé à des troubles psychotiques)
  • dans la motricité (la maladie de Parkinson est liée à une déficience en dopamine)
  • dans divers troubles psychiatriques (ex., TDA/H, schizophrénie et dépression)
 

Sérotonine ou 5-hydroxytryptamine (5-HTT) Connu depuis une cinquantaine d'année, c'est un neurotransmetteur qui agit sur des récepteurs spécifiques dits « sérotoninergiques ». Il existe une quinzaine de récepteurs de ce type. Elle est ensuite dégradée par une enzyme appelée monoamine oxydase. La sérotonine est impliquée :

  • dans la régulation de l'humeur et de l'appétit
  • dans des désordres tels que la dépression, l'anxiété, l'impulsivité et l'agressivité
  • Elle joue un rôle inhibiteur dans le phénomène de renforcement
 
5. Terminologie usuelle en pharmacologie

Avant d'entreprendre l'étude des médicaments psychotropes les plus utilisés, il convient de rappeler la définition de quelques termes usuels employés en pharmacologie (consultez également le glossaire).

Cette définition du terme psychotrope a été proposée par Delay en 1957 : « Les psychotropes sont des substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle, qui sont susceptibles de modifier l’activité mentale sans préjuger du type de cette modification ». La définition anglo-américaine parle de « substances qui modifient les sensations, l’humeur, la conscience et d’autres fonctions psychologiques et comportementales ». Par ailleurs :
 
Un agoniste est une substance, autre qu'un neurotransmetteur (ex., un médicament), qui se lie à un récepteur et qui déclenche sa réponse. Cette substance mime donc l'action du neurotransmetteur.

Un antagoniste est une substance (ex., un médicament) qui se lie à un récepteur et qui bloque son activité. Elle réduit donc avec la neurotransmission.

La dépendance aux psychotropes ou pharmacodépendance est un état d'adaptation résultant de l'usage périodique ou continu d'une ou de plusieurs substances nuisibles pour l'organisme qui créent des besoins physiques ou psychologiques.

L'intolérance est un état d'hyper réactivité de l'organisme se traduisant par une réponse anormalement élevée au médicament psychotrope. Elle se manifeste donc par une augmentation de l'effet du médicament.

L'intoxication est l'action nocive qu'exerce une substance toxique sur l'organisme et l'ensemble des troubles qui en résultent.
 
La pharmacocinétique est l'étude de la transformation des médicaments dans l'organisme. La pharmacocinétique traite des différentes étapes du cheminement des médicaments que sont: l'absorption, la distribution, les transformations (ou métabolisme) et l'élimination (ou excrétion).

Le recaptage est le mécanisme par lequel la membrane présynaptique récupère le neurotransmetteur qu'elle vient de libérer.

Un récepteur est habituellement une protéine, située à la surface des neurones, qui est capable de fixer le neurotransmetteur et de convertir ce message « biochimique » en signal « électrique ».  

La tolérance est un état d'hypo-réactivité de l'organisme qui se traduit par une diminution de la réponse au psychotrope et par la capacité de supporter des doses jugées élevées pour le novice. Elle s'accompagne donc d'une diminution de l'effet du médicament.

 
6. Les cytochromes P450 et leurs effets sur le métabolisme des médicaments

En 1963, deux chercheurs japonais, Sato et Omura, ont appelé « pigments 450 » ou « cytochromes 450 » un ensemble de composés biochimiques, des iso-enzymes. L'idée de ce nom leur est venue du fait que ces iso-enzymes ont tendance à absorber la lumière à une fréquence bien spécifique (soit 450nm). Depuis, il s'est développé une littérature très importante au sujet des cytochromes P450.

Chez l’homme, on trouve ces cytochromes P450 dans presque tous les tissus. Des organes particulièrement riches en P450 sont le foie et les glandes surrénales. Leur fonction physiologique est de participer au métabolisme de plusieurs substances, notamment des médicaments. En fait, il n’y pas une protéine cytochrome P450, mais bien plusieurs formes ont été classées en familles et sous-familles. Chez l'homme, les iso-enzymes p450-1A2, p450-2C9, p450-2C19, p450-2D6 et p450-3A4 sont les plus impliquées dans la biotransformation de nombreux médicaments.

La plupart des cytochromes P450 peuvent être induits ou inhibés par certains médicaments. Cette induction ou inhibition est souvent la cause d’effets secondaires complexes, lorsqu'il y a poly pharmacie (ou prescription de plusieurs médicaments).

Plusieurs interactions médicamenteuses peuvent être expliquées par l’existence des cytochromes. Chaque médicament utilise sa voie d’élimination particulière, et celle-ci peut impliquer un ou plusieurs cytochromes. Lorsque deux médicaments sont administrés en même temps, il arrive qu’ils compétitionnent entre eux pour le même cytochrome. Celui qui aura une plus grande affinité pour le cytochrome gagnera, et l’autre sera moins métabolisé. Cela conduira donc à une accumulation d’un des deux médicaments, pouvant causer une toxicité.

Ainsi, un médicament (A) inhibiteur d'un cytochrome P450 (la fluvoxamine, un antidépresseur, par exemple) qui  est administré en même temps qu'un autre médicament (B), va inhiber le métabolisme du médicament (B), provoquant ainsi une augmentation des concentrations sanguines et des risques de toxicité du médicament (B).

Inversement, un médicament (C) inducteur d'un cytochrome P450 (les barbituriques par exemple), qui est administré en même temps qu'un autre médicament (D), va accélérer le métabolisme du médicament (D), provoquant ainsi une diminution des concentrations sanguines et un risque d'échec thérapeutique du médicament (D).

Les cytochromes sont soumis à notre hérédité, c’est ce qu’on appelle polymorphisme. Par exemple, environ 10% de la population a une déficience en cytochrome p450-2D6. Ces individus prendront donc plus de temps pour dégrader les médicaments métabolisés par le cytochrome p450-2D6 et donc seront plus à risque d’effets indésirables.

Interactions médicamenteuses entre les antidépresseurs, les barbituriques, la carbamazépine et les cytochromes.

Parmi les antidépresseurs, plusieurs molécules peuvent être considérées comme des inhibiteurs des cytochromes P 450: il s'agit du bupropion, de la fluoxétine, de la fluvoxamine, du néfazodone, de la paroxétine, de la sertraline et la venlafaxine. Cela signifie qu'ils peuvent retarder le métabolisme d'autres médicaments qui seraient donnés conjointement, entraînant des effets secondaires et des risques de toxicité.

Inversement, les barbituriques, la carbamazépine et phénobarbital sont des inducteurs d'enzymes P450 et peuvent diminuer de beaucoup l'efficacité d'autres médicaments qui pourraient être prescrits en même temps.

Enzymes P450
Inhibiteurs
Inducteurs
CYP1A2 Fluvoxamine  
CYP2C9   Barbituriques
CYP2CI9   Barbituriques
CYP2D6 Fluoxétine, paroxétine  
CYP3A4   Carbamazépine, phénobarbital
 
 
* Inspiré et adapté de Léonard, L. & Ben Amar, M. (2002). Les psychotropes: pharmacologie et toxicomanie. Montréal: Les Presses de l'Université de Montréal.