PROBLÈMES DE SANTÉ MENTALE
ET RECOURS AUX MÉDICAMENTS PSYCHOTROPES :
fiches d'information à l'intention des intervenants jeunesse
 
 
Troubles associés aux médicaments psychotropes et habituellement diagnostiqués à l’âge adulte (mais pouvant l'être avec prudence dès l'enfance)
 
1. Schizophrénies et troubles schizophréniformes | 2.Troubles psychotiques aigus et transitoires | 3. Troubles dépressifs majeurs | 4. Troubles bipolaires | 5. Troubles anxieux | 6. Troubles du sommeil
 
1. Schizophrénies et troubles schizophréniformes*

Pendant longtemps, l'approche de la schizophrénie (et des personnes qui en sont affectées) a été colorée par diverses idéologies passablement fantaisistes, cette maladie ayant été perçue comme démoniaque, ou encore sous un jour philosophique. C’est Schneider qui a établi, en 1950 (Psychopathologie clinique, traduction de la 4e édition allemande, Louvain et Paris, Nauwlaerts et Maloine, 1976) une série de symptômes clés :

  • délires, troubles de la pensée, tels que perception délirante ou idée de référence; délire de contrôle; sentiment délirant d'étrangeté; sentiment de pensée imposée ou de vol de la pensée;
  • hallucinations : telles que hallucination auditive sous forme de conversation des voix entre elles, de commentaires à propos des actes du patient; hallucination cénesthésique ou expérience corporelle passive;
  • perturbation des sentiments, des volontés, aboutissant à des actes impulsifs et bizarres.

Cet ensemble de symptômes a constitué les critères diagnostiques de la schizophrénie dans le DSM-IV (1994).
 
Modèles étiologiques
a) Facteur génétique : Des études montrent que la schizophrénie est plus fréquente dans certaines familles, ce qui fait penser à un facteur génétique. Des études sur les enfants adoptés vont dans le même sens. Il est cependant intéressant de constater que chez des jumeaux monozygotes (ou vrais jumeaux), qui devraient en principe être identiques en tous points, le risque qu'ils souffrent tous deux de schizophrénie n'est que de 50 %. Le facteur génétique, qui intervient sûrement dans la schizophrénie, est donc insuffisant pour déterminer l'apparition de la maladie.
 
b) Anomalies du cerveau : De nombreuses observations convergent et tendent à démontrer que des problèmes de perception, d'attention, de mémoire et de traitement de l'information sont au coeur des manifestations schizophréniques. Les schizophrènes ont de la difficulté à réagir aux stimuli appropriés (p. ex., une conversation) et à filtrer les stimuli inappropriés (bruit ambiant, éclairage) qui viennent interférer avec le traitement de l'information.

Avec les années, on a pu démontrer que les ventricules cérébraux des schizophrènes sont plus dilatés que les ventricules de leurs frères ou sœurs qui n'ont pas la schizophrénie. En fait, le problème ne réside pas tant dans la dilatation des ventricules que dans le sous-développement de certaines parties du cerveau dans les régions avoisinantes : l'hippocampe, l'amygdale, ainsi que les régions du lobe temporal, surtout celles de gauche.  

Le cortex préfrontal, c'est-à-dire la partie antérieure des lobes frontaux, est sous-fonctionnel dans la schizophrénie. Cela se manifeste clinicalement par des difficultés sur plan de : l'organisation de la pensée, la facilité d'expression verbale, l'attention et la motivation ; l'établissement et la planification de buts, l'agencement de séquences de comportement pour parvenir à un but.

c) Dysfonction des neurotransmetteurs : On connaît actuellement plus d’une trentaine de neurotransmetteurs et, chaque année, les chercheurs en découvrent quelques-uns de plus. Elkashef et coll. (1995. The biochemical basis of schizophrenia, in Shriqui et Nasrallah, Contemporary Issues in the Treatment of Schizo­phrenia, p. 3-41) ont bien résumé les théories biochimiques avancées à propos des neurotransmetteurs en cause dans la schizophrénie. Ainsi, on envisage des dysfonctionnements complexes autour de la dopamine, la sérotonine, le glutamate, les neuropeptides et la noradrénaline.

La dopamine joue un rôle vital dans la motivation. Un excès de dopamine génère un état schizophrène et déclenche des hallucinations tandis qu'un déficit génère les états négatifs de la schizophrénie (dans le TDA/H, on observe un déficit en dopamine au niveau lobe frontal).

Le glutamate joue un rôle vital dans l'établissement des connexions synaptiques responsables de l'apprentissage et de la mémorisation.

La sérotonine a un effet profond sur l'humeur et l'anxiété. Elle agit également sur le sommeil et la pression artérielle.

d) Stresseurs socio-environnementaux
Dans la schizophrénie, le cerveau devient rapidement surchargé quand la personne atteinte est en contact avec une variété de stresseurs :

  • L'alcool et toutes les drogues (incluant les drogues dites douces) augmentent le risque d'apparition d'une schizophrénie ou de rechute.
  • Les événements de la vie quotidienne (life events) provoquent des stress qui, s'ils s'accumulent, entraînent des décompensations. Les réhospitalisations sont souvent reliées à une succession d'événements de la vie, comme la fête de Noël, un mariage, un examen, un déménagement ou une naissance. Certains patients peuvent accorder une valeur symbolique personnelle à ces événements.
  • La baisse du soutien social (réseaux naturels et mouvement de désinstitutionnalisation rapide) a entraîné une augmentation de plus en plus visible de l'itinérance. Au Canada et aux États-Unis, on estime qu'environ un tiers des sans-abri sont des schizophrènes qui ont interrompu leur traitement. Ils se retrouvent alors dans la rue, en prison pour de menues offenses ou, au mieux, à l'hôpital pour des séjours à répétition.

Aucune de ces causes n'explique à elle seule tous les cas de schizophrénie. Une approche systémique circulaire (le modèle vulnérabilité-stress) permet de mieux comprendre l'interaction entre les divers facteurs en présence.

Mode d'apparition ou « prodrome ». La maladie commence souvent par un sentiment de malaise, des plaintes somatiques ou des difficultés intellectuelles. Le jeune s'isole progressivement, aux prises avec des perceptions étranges sur son entourage ou sur son propre corps, qu'il interprète avec perplexité; il néglige son hygiène, abandonne ses études. L'anxiété peut se transformer en panique : « Je me sens envahi par le monde des autres ». À la recherche d'une solution, il essaie diverses stratégies, notamment :

  • le retrait. Le jeune s'éloigne de ses amis, s'isole en rêvassant dans sa chambre, se promène seul avec son baladeur (walkman);
  • l'usage de drogues. Plusieurs trouvent dans les drogues une sorte d'effet apaisant. Sans le savoir, cependant, ils précipitent ainsi le processus psychotique;
  • les activités compulsives. Le jeune classe plusieurs fois ses objets personnels, planifie un emploi du temps rigide prévoyant ses moindres gestes, élabore des rituels de lavage, d'habillage, d'exercices physiques. Il ritualise ses actions de manière à contrecarrer le désordre qui s'installe dans ses pensées;
  • la découverte mystique. Il lit des livres ésotériques ou la Bible, s'applique intensément à une tâche intellectuelle ou à des réflexions religieuses ou philosophiques. Cependant, il approfondit ainsi une pensée de plus en plus hermétique. Il peut parfois écrire un journal rempli d'idées obscures.

Symptômes positifs et négatifs. Andreasen (1982. Negative vs positive schizophrenia: Definition and validation, Archives of General Psychiatry, 39, 7, p. 789-794) oppose les symptômes positifs aux symptômes négatifs. Les symptômes positifs sont aisément observables, lors de la phase aiguë, qu'on appelle parfois la décompensation psychotique. Il s'agit des délires et des hallucinations qui s'ajoutent aux pensées habituelles d'un individu.

  • Les hallucinations sont le plus souvent auditives. Il peut s'agir de sons confus, de mots ou de phrases prononcés par des voix que le patient peut parfois identifier. Les hallucinations visuelles se rapportent de façon typique à la vision de personnages, distincts ou flous, réels ou mystiques : un oncle, le diable, un visage grimaçant, etc.
  • Les délires schizophréniques se caractérisent par la bizarrerie découlant de réflexions manifestement absurdes, grinçantes, selon la compréhension normale.
  • Idée de référence. Le patient acquiert subitement la conviction qu'une parole, une image, un signe anodins ont une signification qui le vise personnellement (ou fait référence à lui) : « En voyant la flèche sur le panneau, j'ai tout de suite compris qu'il fallait que j'aille à l'hôpital », ou encore : «Le présentateur des nouvelles à la télévision m'a envoyé un message signifiant que j’étais sur le point de faire une grande découverte. »
  • Délire de contrôle. Le patient n'a plus le contrôle de ses paroles, de ses désirs, puisqu'il est convaincu que ses sentiments, ses actes sont commandés par une force : « Le bonhomme qui pense dans ma tête décide toujours de ce que je dois faire. »
  • Sentiment délirant d'étrangeté. Le patient est très intrigué et mal à l'aise parce qu'il sent que quelque chose d'inhabituel se passe autour de lui et que cette activité le concerne : « Bon, à quel jeu voulez-vous que je joue, qu'est-ce que c'est que cette pièce de théâtre, avec tous ces gens qui sont de faux patient? »
  • Divulgation de la pensée. Le patient a souvent l'impression que ses pensées, ses sentiments et ses gestes les plus intimes sont connus ou partagés par les autres. Il sent que ses pensées quittent sa tête et qu’il ne peut même plus protéger ses pensées les plus « Je n'ai pas besoin de répondre à cette question... Vous le savez ».
  • Affect excessif et incongru. Pendant la phase aiguë, une réponse émotive incongrue et excessive, accompagne certains délires ou hallucinations. On peut voir le patient paniquer sans raison objective ou bien rire de façon inappropriée en abordant des sujets macabres.

Les symptômes négatifs sont plus difficiles à déceler, car ils se caractérisent par une absence de comportements attendus. On peut les percevoir comme un déclin (d’où l’idée de soustraction) des aptitudes habituelles d'un individu.

  • Affect plat ou émoussé. Après quelques années d'évolution de la maladie, le regard, l'intonation de la voix du patient n'expriment que peu de nuance émotive. Par exemple : visage inexpressif, rareté des mouvements spontanés, regard terne, perte du sourire, voix monocorde.
  • Pauvreté du discours : réponses évasives et brèves, même si les répliques sont longues, elles donnent peu d'information, interruption subite de la conversation.
  • Apathie. Manque d'énergie et d'intérêt pour commencer et achever diverses tâches, impression d'insouciance, négligence dans l'hygiène et l'apparence personnelle. Parfois le patient passe le plus clair de son temps assis à ne rien faire.
  • Anhédonie et retrait social. Ces symptômes correspondent à une perte de plaisir et à une perte d'intérêt social. Ils se traduisent par : une diminution de la qualité et de la quantité des loisirs, une incapacité à entretenir des relations intimes avec les membres de la famille et les amis, une diminution de l'intérêt.
  • Déficit de l’attention. Le patient regarde ailleurs pendant une conversation ou il n'entretient pas la discussion, un manque d'attention dans des activités ou des travaux exigeant de la concentration.
 
2. Troubles psychotiques aigus et transitoires**

Les troubles psychotiques aigus sont caractérisés par l'éclosion soudaine d'un délire transitoire, associé fréquemment à des troubles de l'humeur. Au cours des dernières années, on note au sein de la communauté psychiatrique internationale, une reconnaissance de l'existence des psychoses brèves et un intérêt pour celles-ci. Plusieurs travaux donnent à penser que des troubles affectifs familiaux seraient associés aux psychoses transitoires.

Critères diagnostiques du trouble psychotique bref (DSM-IV)

  1. Présence d'un (ou plusieurs) des symptômes suivants
    1. idées délirantes;
    2. hallucinations;
    3. discours désorganisé (p ex., incohérence fréquente, coq-à-l'âne);
    4. comportement grossièrement désorganisé ou catatonique.
      Note : Ne pas inclure un symptôme s'il s'agit d'une modalité de réaction culturellement admise.
  2. Au cours d'un épisode, la perturbation persiste au moins une journée, mais moins d'un mois avec retour complet au niveau de fonctionnement prémorbide.
  3. La perturbation n'est pas mieux expliquée par un trouble de l'humeur avec caractéristiques psychotiques, un trouble schizo-affectif ou une schizophrénie et n'est pas due aux effets physiologiques d'une substance (p. ex., une substance donnant lieu à abus, un médicament) ou d’une affection médicale générale.

Spécifier si avec facteur(s) de stress marqué(s) (psychose réactionnelle brève): Si les symptômes psychotiques apparaissent immédiatement à la suite d'un ou plusieurs stress et en réponse à ces stress qui, seuls ou avec d'autres, produiraient des symptômes significatifs de détresse chez la plupart des gens d'une même culture; OU sans facteur(s) de stress marqué(s).

L'évolution d'un épisode psychotique aigu et transitoire, par définition, est de brève durée, soit de quelques jours à quelques semaines. L'évolution à plus long terme est quant à elle mal connue.

Facteurs de pronostic favorable

  • Bon fonctionnement prémorbide
  • Début brutal
  • Présence de facteurs déclenchants
  • Présence de troubles de l’humeur
  • Antécédents familiaux de type maniaco-dépressifs
  • Absence d'antécédents familiaux schizophréniques
  • Absence de traits de personnalité schizoïde antérieure

Facteurs de pronostic défavorable

  • Début subaigu
  • Émoussement de l'affect
  • Symptômes schizophréniques prédominants
  • Traits de personnalité schizoïde
  • Apaisement rapide de l'angoisse, mais persistance du délire
 
3. Troubles dépressifs majeurs***
La manie et la dépression sont des manifestations qui touchent de façon particulière les affects, ou, plus précisément, le domaine de l'humeur. La notion de dépression évoque un état d'affaissement, de creux, d'abaissement par rapport à un niveau donné. Sur le plan psychologique, on se rapporte surtout à une humeur particulière vécue comme une tristesse marquée.

Par ailleurs, l'épisode dépressif majeur tel qu'il est défini dans le DSM-IV comporte un ensemble de signes et de symptômes dont l'affect dépressif est un élément central mais non exclusif.
 
C'est le terme «mélancolie» qui a surtout été utilisé dans le passé pour caractériser la dépression sévère. Le DSM-III, publié en 1980, a plutôt proposé le terme de « dépression majeure». Ce diagnostic comporte une série de critères convenant à des formes de dépression par ailleurs assez différentes les unes des autres. Les auteurs du DSM-III ont également introduit la notion de «dysthymie» pour caractériser un syndrome dépressif moins intense mais plus chronique.
 
On attribue généralement à un allemand, Leonhard (1957, Aufteilung der endogenen Psychosen [The Classification of Endogenous Psychoses], Berlin, Akademie-Verlag), la division des troubles de l'humeur en troubles unipolaires (autre appellation de la dépression majeure) et bipolaires.

La prévalence à vie des différents troubles de l'humeur est de :

  • 5 % pour la dépression majeure,
  • 3 % pour la dysthymie,
  • 0,8 % pour les troubles bipolaires I
  • 0,5 % pour les bipolaires II.

La prévalence « dernier mois » est de 5 % à 9 % chez les femmes et de 2 % à 3 % chez les hommes. Le taux des troubles bipolaires est sensiblement le même pour les deux sexes, alors que deux fois plus de femmes que d'hommes souffrent de dépression majeure et de dysthymie.

Modèles explicatifs des troubles de l’humeur
a) Facteurs de risques : Divers éléments constituent des facteurs de risque pour la dépression :

  • des risques d’origine génétiques (héritabilité familiale);
  • le genre féminin;
  • une perte parentale précoce;
  • un milieu familial pathogène;
  • une histoire d'événements traumatiques précoces;
  • un faible réseau de soutien social.

Il n'existe pas, cependant, de modèle étiologique intégré qui regrouperait tous ces facteurs de risque, et d'autres, en un modèle explicatif de la dépression. Il en est de même pour les troubles bipolaires.

b) Neurotransmetteurs et hormones : Les neurotransmetteurs les plus susceptibles d'être reliés aux troubles de l'humeur sont la noradrénaline et la sérotonine. L'utilisation croissante des antidépresseurs de type ISRS (inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine) a donné beaucoup de popularité à l’hypothèse du système sérotoninergique. Selon les hypothèses actuelles, il existerait également des anomalies au chapitre des interactions entre les neurotransmetteurs et le système endocrinien (p. ex., les hormones des glandes surrénales ou de la thyroïde).

c) Explications psychanalytiques : Dans « Deuil et mélancolie », Freud (1917, dans Oeuvres complètes. Psychanalyse, Paris, PUF, 1988, p. 259-278.) a fait valoir que la mélancolie pouvait mieux se comprendre si on la comparait au phénomène de deuil. Le mélancolique souffre de la perte d'un « objet » (personne ou situation), et le travail psychique entrepris pour surmonter cette perte comporte une part d’identification à l'objet perdu. L'importante découverte de la psychanalyse réside dans le fait que cet objet tellement aimé est aussi haï (ambivalence du lien à l'objet) et que la relation intériorisée est devenue une scène où s'exprime une agressivité intense. C'est ainsi qu'on peut comprendre les amers reproches que le déprimé s’adresse : en réalité, ce n est pas lui-même qu'il blâmerait, mais plutôt cet objet intériorisé.

Un événement précipitant précède un épisode de trouble de l'humeur plus souvent dans le cas des premiers épisodes que dans le cas des épisodes subséquents, où la maladie paraît avoir acquis une évolution autonome. Les choses se passent comme si les premières pertes avaient engendré une vulnérabilité particulière, qui augmenteraient les risques que survienne un nouvel épisode même en l'absence de tout déclencheur important.

Divers événements peuvent réactiver des sentiments de perte ou d’échec. Les événements les plus difficiles se rapportent généralement à la situation familiale, amoureuse ou conjugale.

La dépression majeure selon le DSM-IV
La dépression majeure est une condition à caractère épisodique. Le patient déprimé présente donc un changement par rapport à son état habituel, et ce changement peut être situé dans le temps. Le tableau clinique se caractérise par une modification importante de l'humeur (mood), associée à un ensemble varié de symptômes qu'on subdivise habituellement en perte d’intérêt, symptômes psychomoteurs, cognitifs et somatiques.

  • Humeur dépressive :L'humeur du déprimé comporte un sentiment profond de tristesse, d'impuissance ou de désespoir. Cet état d'âme est ressenti comme un état anormal, qualitativement différent de ce que serait la réaction émotive usuelle à un événement pénible. Un des éléments les plus marquants de cet état est la douleur morale intense qui l'accompagne. Chez les enfants ou les adolescents, l'humeur dépressive pourra se manifester souvent par de l'irritabilité.
  • Perte d’intérêt : On regroupe dans cette catégorie un ensemble de phénomènes traduisant une absence de l'intérêt ou du désir pour agir, prendre une initiative ou interagir avec son entourage. Ces symptômes se traduisent notamment par la difficulté à prendre une décision, à entreprendre une activité, la difficulté à terminer ce qui est commencé, le manque d'entrain et la fatigabilité.
  • Symptômes psychomoteurs : Les symptômes psychomoteurs sont les symptômes les plus classiques. Le ralentissement psychique se traduit par une impression de « lourdeur » de la pensée en même temps qu'un appauvrissement de son contenu. Les réponses sont lentes à venir, ne contiennent que des mots simples, isolés, le ton est monocorde, il n'y a pas d'élaboration, le tout pouvant aller jusqu'au mutisme. Sur le plan moteur, les gestes sont rares, lents, et paraissent demander un effort considérable.
  • Symptômes cognitifs : La dépression provoque une déformation des perceptions de soi, d’autrui et de l'avenir dans le sens d'une dévaluation, de la culpabilisation et d'un sentiment d'impuissance face au futur. Les conséquences en sont : une diminution de l'estime de soi allant jusqu'à un sentiment de déchéance, des ruminations de culpabilité intense par rapport à des incidents souvent mineurs, un pessimisme anxieux devant l'avenir allant parfois jusqu'à une conviction délirante d'être incurable, perdu ou ruiné, des préoccupations somatiques sous forme de plaintes multiples ou d'inquiétudes hypocondriaques.
  • Symptômes somatiques : La fatigue et la perte d’énergie caractérisent presque toutes les dépressions. La moindre activité entraîne une sensation de fatigue disproportionnée et le temps de récupération est prolongé. Des troubles du sommeil de diverses natures peuvent accompagner la dépression : hypersomnie, trouble de l'endormissement ou insomnie du petit matin, cette dernière étant la forme la plus typique. Dans ce cas, le patient dit s'endormir assez facilement, mais s'éveiller aux petites heures du matin, ne plus pouvoir se rendormir, ressentir une grande fatigue comme s'il n'avait pas dormi. En général, on observe une diminution significative de l'appétit, avec perte de poids consécutive. On notera plus rarement une augmentation de l'appétit, avec un besoin de «manger tout le temps».

Le trouble dysthymique
Le terme « dysthymie» a été introduit dans la terminologie psychiatrique par les auteurs du DSM-III (1980) pour décrire un état dépressif aux frontières du trouble de la personnalité et de la dépression névrotique. L'évolution du trouble dysthymique est chronique par définition. Il est par ailleurs relativement fréquent qu’une dépression majeure vienne se surimposer à la dysthymie.

 
4. Troubles bipolaires

Le trouble bipolaire inclut l'existence des deux types de symptômes (dépressifs et maniaques) au cours de l'évolution de la maladie, ou tout au moins celle de la symptomatologie de type maniaque. L'accès maniaque a souvent été décrit comme étant l'inverse de l'accès dépressif. L'humeur est expansive plutôt qu'abattue, l'activité est débordante alors que le déprimé est ralenti, le discours est prolifique alors que les phrases sont rares et simples chez le déprimé.

Facteurs génétiques
De nombreuses études indiquent que des facteurs gé­nétiques interviennent dans les troubles bipolaires. Les parents au premier degré de patients souffrant de troubles bipolaires I ont de 8 à 18 fois plus de troubles bipolaires I que les parents des sujets d'un groupe de contrôle. Les études d'adoption vont dans le même sens, à savoir que les enfants de parents biologiques souffrant de troubles de l'humeur présentent un risque accru pour ce type de pathologie, même s'ils sont élevés dans une famille exempte de cette pathologie.

Le début de l'épisode maniaque est en général rapide, plus que ne l'est le début de la dépression. Il ne faudra souvent que quelques jours, et parfois seulement quelques heures, pour que le tableau clinique se soit constitué. Il semble que la rapidité du début de l'accès s'accroît avec le nombre de nouveaux épisodes. Les signes et les symptômes de l'accès maniaque sont nombreux, variant selon les individus :

  • Humeur expansive : L'humeur du maniaque est décrite comme euphorique, expansive, exubérante. Une estime de soi démesurée en est souvent à la base, de sorte que le maniaque manifeste un optimisme excessif et s'offusque des remarques de l'entourage qui viennent mettre en doute ses capacités ou la pertinence de ses projets. Une irritabilité est souvent présente, avec des accès de colère et parfois de l’agressivité physique. L'humeur est souvent labile.
  • Symptômes cognitifs : On observe une augmentation exagérée de l'estime de soi, un sentiment de toute puissance pouvant prendre une intensité délirante. À cette inflation de grandiosité s'ajoute une accélération frénétique des processus de pensée, une augmentation du rythme et du contenu du discours, une surestimation de la valeur d'une idée, le passage rapide d'une idée à une autre et des troubles importants du jugement.
  • Symptômes comportementaux : L'accélération du débit verbal se retrouve dans presque tous les cas de manie. On note une tendance à parler fort, de façon magistrale, dans une suite d’idée difficile à interrompre. Le ton peut être parfois irrité ou menaçant si le patient rencontre une opposition à ses envolées ou à ses projets. L'habillement ou les attitudes peuvent être bizarres, extravagants ou carrément déplacés par rapport aux standards sociaux. Le maniaque a tendance à s'engager activement dans de multiples champs d’activité : sexualité, affaires, politique ou religion par exemple. Ces activités sont une réponse à une idée du moment, surinvestie et considérée comme impérative, nécessitant que le patient agisse puisqu'il serait la seule personne capable d'intervenir avec autorité et compétence dans le contexte en question. En raison de la surestimation de ses capacités, et de son mépris pour l'appréciation des obstacles, le maniaque se lance dans des aventures qui peuvent être catastrophiques. On observera aussi une augmentation de la consommation d'alcool, associée à des comportements irresponsables ou à risque sur le plan de la conduite automobile, des activités sexuelles ou des dépenses personnelles.
  • Symptômes somatiques :Les troubles du sommeil sont caractéristiques et fréquents. Il y a insomnie sans fatigue, éveil matinal, mais surtout diminution du besoin de dormir. Le patient est d'une énergie débordante, même si, parfois, il a passé quelques jours sans dormir.
  • Symptômes psychotiques : Les symptômes psychotiques sont décrits ici en raison de leur association très fréquente avec l'accès maniaque (60% des cas). Dans près de la moitié des cas, on notera la présence d'une forme ou d'une autre de délire : de grandeur, de persécution ou d'influence.

Évolution : Le trouble bipolaire débute en général vers 8 ans, mais tend à apparaître de plus en plus précocement depuis les dernières décennies. Il s'agit d'une maladie récurrente : 90% des sujets ayant présenté un épisode maniaque connaîtront des épisodes subséquents. Les deux tiers des accès maniaques précèdent ou suivent immédiatement un épisode dépressif. La prévalence du trouble bipolaire est sensiblement la même chez l'homme et chez la femme.

La durée des épisodes maniaques est difficile à évaluer. Winokur (1991, Mania and Depression. A Classification of Syndrome and Disease, Baltimore, Johns Hopkins Uni­versity Press) avance une durée moyenne de 73 jours chez l'homme et de 42 jours chez la femme. D'autres études la situent autour de trois mois.
 

Le DSM-IV-TR ne mentionne pas la prévalence du trouble bipolaire chez les jeunes. Geller & Luby (1997) croient que le trouble bipolaire toucherait environ 1% de la population juvénile. Chez les enfants, Bland (1997) avance que le taux de prévalence du trouble bipolaire varier entre 0,2 et 0,4%. Comparativement au trouble bipolaire classique des adultes, le trouble juvénile:

a) se manifeste rarement par des épisodes distincts de manie et de dépression;

b) tend à être chronique et continue plutôt qu’épisodique et aiguë (i.e. manifestations de symptômes pendant quelques semaines, suivi d'une période de bon fonctionnement);

c) se présente par un «cycle» d’épisodes rapides et brefs, de quelques heures par jour à quelques jours (Geller et al., 2004);

d) débute par un épisode de dépression majeure, plutôt qu’un épisode maniaque (ex. Judd et al., 2002);

e) se retrouve surtout chez les garçons.

 
5. Troubles anxieux

L’anxiété peut se définir comme un état de stress, d’inquiétude extrême ou de trouble psychique résultant de certaines appréhensions, souvent accompagné de manifestations physiques. S'il est vrai que bien d'autres définitions pourraient être données de l'anxiété, dans ce guide, nous nous référerons essentiellement aux éléments fournis par le DSM-IV.

Ainsi, dans le manuel de classification américain, sous la rubrique des « troubles anxieux », on retrouve essentiellement : l'anxiété généralisée, l'état de stress aigu, l'état de stress post-traumatique, l'attaque de panique, l'agoraphobie, la phobie sociale et le trouble obsessionnel-compulsif.  De nombreux critères permettent d’identifier l’un ou l’autre de ces troubles, mais, selon Shader et Greenblatt (1993, in A.P.A. 2000), la plupart des symptômes anxieux impliquent une altération de la tension musculaire, une hyperactivité du système nerveux autonome, de même qu’un état de vigilance excessive.

Par exemple, les critères diagnostiques du trouble d’anxiété généralisée comprennent les éléments suivants :

  1. Anxiété et soucis excessifs (appréhensions) présents la plupart du temps durant une période d’au moins six mois et concernant des événements ou des activités (comme le travail ou les études);
  2. La personne éprouve de la difficulté à maîtriser son inquiétude;
  3. L’anxiété et les soucis sont associés à trois (ou plus) des six symptômes suivants (dont au moins certains symptômes sont présents la plupart du temps durant les six derniers mois) :
    • agitation ou sensation d’être survolté ou à bout
    • fatigabilité
    • difficultés de concentration ou trous de mémoire
    • irritabilité
    • tension musculaire
    • perturbation du sommeil (difficultés à s’endormir ou à rester endormi, ou sommeil agité et non satisfaisant)
  4. L’objet de l’anxiété et des soucis n’est pas limité aux manifestations d’un autre trouble de l’axe 1. Par exemple, l’anxiété ou la préoccupation n’est pas seulement à l'effet d’être pris de panique (comme dans le trouble panique), d’être gêné en public (comme dans la phobie sociale), d’être contaminé (comme dans le trouble obsessionnel-compulsif), d’être loin de son domicile ou de ses proches (comme dans l’anxiété de séparation), de prendre du poids (comme dans l’anorexie mentale), d’avoir de multiples plaintes somatiques (comme dans le trouble de somatisation), ou d’avoir une maladie grave (comme dans l’hypocondrie). Par ailleurs, l’anxiété et les préoccupations ne surviennent pas exclusivement au cours d’un état de stress post-traumatique;
  5. L’anxiété, les soucis ou les symptômes physiques provoquent une détresse cliniquement significative ou des perturbations du fonctionnement social, professionnel ou d’autres activités importantes;
  6. La perturbation n’est pas due aux effets physiologiques directs d’une substance (ex : substance d’abus, médicament) ou d’une affection médicale générale (ex., hyperthyroïdie) et ne survient pas exclusivement au cours d’un trouble de l’humeur, d’un trouble psychotique ou d’un trouble envahissant du développement.

Quel que soit le diagnostic principal de l'axe I, l’anxiété est habituellement traitée avec une combinaison de mesures pharmacologiques et non pharmacologiques. L’approche non-médicamenteuse (ex., traitement cognitivo-comportemental) débute généralement par une identification des facteurs contribuant à l’anxiété. Dans un second temps, certaines méthodes et techniques de relaxation, de détente, de méditation, voire même une psychothérapie seront proposées. L’anxiété et l’insomnie étant souvent liées, l’adoption d’une nouvelle hygiène du sommeil contribuera bien souvent à enrayer le problème.

Pour soulager l’anxiété, une approche multimodale impliquant une psychopharmacologie est souvent indiquée. Ainsi, le prescripteur pourra envisager le recours soit :

  • aux benzodiazépines,
  • aux antidépresseurs de nouvelles générations (i.e. ISRS, ISRN, bupropion, etc.)
  • aux barbituriques,
  • aux sédatifs-hypnotiques, non benzodiazépines et non barbituriques,
  • à certains antihistaminiques sédatifs (ex : diphenhydramine).
 
6. Troubles du sommeil

Les besoins de sommeil varient d’une personne à une autre, comme ils varient en fonction de l’âge. Rappelons d'abord que, de façon générale, un cycle du sommeil peut être découpé en différents stades :

Cycle du sommeil chez un adulte sain

Sommeil lent ou sommeil non-REM (75 à 80% du sommeil total)

Stade 1 : Assoupissement
(2 à 5% du sommeil total)

EEG : Ondes petites, rapides irrégulières
EOG : Mouvements oculaires lents et pendulaires
EMG : Présence de tonus musculaire

Stade 2 : Sommeil léger
(50% du sommeil total)

EEG : Ondes à amplitudes augmentées et fréquence diminuée
EOG : Aucun mouvement oculaire
EMG : Baisse de tonus musculaire

Stades 3 et 4 : Sommeil profond
(15 à 25% du sommeil total)

 
Sommeil paradoxal ou REM (20 à 25% du sommeil total)
Phase des rêves

EEG : Ondes petites, rapides et irrégulières
EOG : Mouvements oculaires rapides (REM : Rapid eye mouvement)
EMG : Absence totale de tonus musculaire

EEG : Électro-encéphalogramme : EOG : Électro-oculogramme : EMG : électromyogramme
Sources : Borbély, 1985 ; Allard et Bally, 1986 ; Coquerel et Samson-Dolfus, 1990 ; Morin, 1997 ; APA, 2000 ; Hirshowitz, 2000 ; Dpheide et Stimmel, 2001.


Pour un jeune adulte il faut compter de quatre à cinq cycles du sommeil par nuit, ces cycles ayant une durée moyenne de 90 minutes. L’individu endormi passera alors d’un état d’éveil à un sommeil profond, pour retourner à un sommeil léger, avant d’entamer une première phase de rêve, pour revenir après quelques minutes au stade de sommeil léger. Un second cycle est alors entrepris. Toutefois, l’individu atteint les stades 3 et 4 principalement lors des deux premiers cycles. La proportion de sommeil REM va en augmentant au fil des cycles. (Borbély, 1985; Allard et Bally, 1986).

L’insomnie : De façon subjective, tout individu peut considérer, à un moment ou un autre de sa vie, qu'il souffre d’insomnie (ex., tourner dans le lit au moment de s'endormir ou se sentir somnolent durant le jour). Une définition plus objective des troubles du sommeil exige cependant la formulation de critères plus précis :

  • Il peut s’agir de difficultés à s’endormir, de réveils précoces ou fréquents ou alors d’une durée insuffisante du sommeil;
  • Le National Institute of Health Consensus Development Conference (1984) classifie l’insomnie en fonction d'un critère de durée : il peut s’agir d’une insomnie transitoire (moins de trois jours), à court terme (moins de trois semaines) ou à long terme (plus de trois semaines);
  • Quant au DSM-IV il classifie l’insomnie selon des hypothèses étiologiques. Ce qui permet de distinguer: l’insomnie primaire, l’insomnie due à un problème psychiatrique, l’insomnie due à une affection médicale générale et l’insomnie engendrée par une substance.
Lorsque la sévérité de l’insomnie requiert un traitement pharmacologique, les hypnotiques ou médicaments aux propriétés sédatives sont souvent retenus.
 
 
*Inspiré et adapté de Lalonde, P. (1999). Les schizophrénies. In Lalonde, P., Aubut, J., Grunberg, F. et al. Psychiatrie clinique : une approche bio-psycho-sociale (pp. 244-285). Chicoutimi : Gaëtan Morin Éditeur.
**Inspiré et adapté de Cournoyer, J. (1999). Troubles psychotiques aigus et transitoires. In Lalonde, P. Aubut, J. et Grunberg, F. (Eds).Psychiatrie clinique : une approche bio-psycho-sociale (pp. 210-223). Chicoutimi : Gaëtan Morin Éditeur.
***Inspiré et adapté de Leblanc, J. (1999). Les troubles de l’humeur (affectifs). In Lalonde, P. Aubut, J., Grunberg F. et al. (Eds.) Psychiatrie clinique : une approche bio-psycho-sociale (pp. 288-329). Chicoutimi : Gaëtan Morin Éditeur.